Jung, "Ma vie" : " Plus tard, lorsque
j'eus dix-huit ans, j'eus avec mon père de nombreuses discussions, toujours dans le secret espoir de lui faire sentir quelque chose de la grâce, merveilleusement efficace, et ainsi de lui venir
en aide dans ses conflits de conscience. J'étais persuadé que, s'il accomplissait la volonté divine, tout finirait par aller pour le mieux. Malheureusement, nos discussions n'arrivaient jamais à
une issue satisfaisante. Elles l'irritaient et l'attristaient. << Eh quoi! avait il l'habitude de dire, tu ne songes qu'à penser. Il ne faut pas penser, il faut croire.>>
Et moi je pensais : << Non, il faut faire l'expérience et savoir>>, mais je disais: << Donne-la-moi cette foi.>>. Là-dessus, il s'en allait,
résigné, haussant les épaules."
Radmila Moacanin, " CG Jung et la sagesse tibétaine" : "
Comme l'écrit lama Govinda:.. ce qui rend l'homme bienheureux, ce n'est pas la croyance ( dans le sens de l'acceptation d'un dogme défini),
mais le fait de devenir conscient de la réalité, laquelle, à nos yeux, ne constitue de la métaphysique que jusqu'à ce que nous en ayons fait l'expérience... vu de l'extérieur (en
tant que système) , le bouddhisme est une métaphysique; vu de l'intérieur (comme forme de réalité) c'est un empirisme. Dès l'instant où le "métaphysique" se révélait sur la voie de l'expérience
intérieure, le Bouddha ne le rejettait pas, il le rejettait seulement s'il s'agissait d'une pensée sur le chemin de la spéculation. La métaphysique est un concept totalement
relatif, dont les limites dépendent du plan d'expérience concernée, de la forme et du niveau de conscience concernés. Le Bouddha dépasse la métaphysique et ses problèmes, non pas
simplement en les ignorant, mais d'une manière absolument positive, de telle façon que, par la discipline et l'expansion de la conscience, il en recula les frontières, si bien que la métaphysique
devint l'empirique.>>